Un livre ?

Novembre 2018 : je rejoins Cyrille Javary à Saintes en Charente-Maritime pour passer une semaine sur l’île d’Oléron afin d’ébaucher un projet qui nous trotte dans la tête depuis un petit moment. Écrire un livre sur le Taichi Chuan ...
Comment allons-nous nous y prendre ? Cyrille me posera des questions (il ne pratique pas le Taichi Chuan...), il prendra des notes puis mettra en forme (... mais il sait écrire). L’affaire paraît simple comme bonjour.
Nous avons passé une très bonne semaine à discuter, se balader, aller voir ses amis, manger, se marrer : bref la vie.
Aucun livre n’en sortira : le papier ne me paraissait pas le bon moyen de transmettre quoi que ce soit et de nombreux ouvrages sur le thème existaient déjà.
Je ne savais pas que 16 mois plus tard, les confinements successifs pour cause de Covid allaient me pousser à tourner des vidéos, ce que je refusais totalement de faire avant cela.
Un écran
Les vidéos m’ont permis de faire ce que je ne "sentais" pas avec le livre. Pourtant, un chapitre n’a pas été retranscrit en image : celui des influences en dehors du cercle familial et dans le cadre général des Wushu. Voilà de quoi combler ce vide par ordre (presque) chronologique :
- Bruce Lee : et oui. C’est en sortant d’une salle obscure en 1973 que me prend l’envie de "faire du Kung Fu". Dans mon village rien de tout cela : ce sera judo ou karaté. Va pour karaté.
- Gabriel Richetti à Roussillon en Isère : mon prof de karaté (un élève de Dominique Valéra). On était des minots et il nous trimballait dans sa bagnole les week-ends pour aller faire des compétitions. Il nous proposait des cours supplémentaires pour chorégraphier le spectacle de fin d’année "comme au cinéma". On parlait de nous dans les journaux locaux. On a même été qualifié pour faire une compétition au niveau national à Paris - à Paris ?!!!
- Jean Sourbié : rien à voir avec les arts martiaux à proprement parler mais mon premier (et seul ?) Maître en termes de philosophie de vie et d’indépendance.
- Un vieil inconnu : en 1989, j’habite au Pays de Galles. Je prends des cours de "Kung Fu" à la YMCA de Swansea. Après le cours on est quelques uns à rester pour le cours de Taichi Chuan. Incompréhension totale doublée d’un coup de cœur ! En rentrant en France je cherche à pratiquer cet art martial qu’on dit interne.
- Jean-Marie Hanotel prof d’Aïkido à Annonay en Ardèche et qui avait mis en place un cours hebdomadaire de Taichi Chuan pour entretenir la motivation entre deux stages. J’ai été son assistant pendant les cours. Il m’a mis le pied à l’étrier. C’était Bruno Rogissart qui venait des Ardennes 5 week-ends par an pour nous transmettre Taichi Chuan et Qi Gong.
- Jean-Pierre Cayrol que j’ai rencontré à la fin du XX° siècle. Son encart publicitaire pour des cours de Taichi dans la revue Tao Yin était si sobre que je suis allé voir de plus près à Lyon. J’y suis resté 18 ans. Il m’a incité à devenir prof et m’a présenté à maitre Chu King-Hung. Je lui dois assez pour que ma dette soit prolongée à perpétuité.
- Maître Chu King-Hung. Le maître référent et superviseur de tous les enseignants du style Yang originel pour l’Europe. Au départ, ça ne m’enchantait pas d’aller "passer des examens" lors de cours particuliers devant Chu à Londres puis en Sardaigne. Et puis, de fil en aiguille, j’ai accepté ce rituel avec plaisir. J’y suis resté une bonne douzaine d’années. Les circonstances de mon départ font que je n’ai pas vraiment pu le remercier. Je le fais ici.
- Cyrille Javary : la rencontre s’est faite chez lui, autour d’une pizza passée au micro-onde. L’entente fut immédiate et elle est toujours d’actualité. C’est le Yi Jing qui nous a rassemblé. Pourtant, on ne peut pas dire que nos approches soient similaires. Cyrille fouille le texte comme un archéologue alors que je trace uniquement les traits. Il m’a incité à exposer mon travail sur le Yi Jing. L’association Djohi, dont il est président, est un lieu très ouvert pour l’étude et l’usage du Yi Jing.
- Adam Mizner : après quelques stages en week-end, je décide d’investir plusieurs années dans des "stages intensifs". J’ai continué quelques temps en ligne. Je n’ai pas accroché avec le personnage. La pratique de l’adaptation a ses limites que la théorie de l’adaptation ignore (voir Jean Sourbié ci-dessus).
- Aujourd’hui, j’ai suffisamment de matière à travailler et à transmettre pour le restant de mes jours. Je poursuis tout de même mon cheminement avec un courant complémentaire. Je considère qu’un prof devrait entretenir son statut d’élève le plus longtemps possible pour éviter de développer un Dan Tian supérieur bien trop lourd à supporter pour l’entourage (voir ci-dessus). Je prends tout cela avec légèreté car je me suis recentré sur les subtilités du style Yang originel de Chu King-Hung "The first secret of Taichi Chuan is Yin-Yang".
Il y a eu beaucoup d’autres profs que je ne peux nommer ici car j’ai beaucoup bougé pendant une période de ma vie. Ces multiples déplacements m’ont permis de picorer un peu d’Aïkido, Taekwondo, Wing Tsun, diverses boxes (française, anglaise, américaine, thaï) sans compter les multiples styles ou méthodes de "Qi Gong" ...